Convergence Soins » « C’est l’exercice solitaire de la médecine qui aboutit à des dérives »

« C’est l’exercice solitaire de la médecine qui aboutit à des dérives »

« Il n’y a même pas deux ans, le 22 avril 2005, une loi a été votée à l’unanimité des deux chambres. Elle fixe les modalités de fin de vie avec le concept de limitation des thérapeutiques et d’arrêt des thérapeutiques. Laissons vivre cette loi qui n’est pas connue du public, ni des personnels de santé. (…) Si on dépénalise l’euthanasie, on entrouvre une porte et c’est le chambranle qui saute. Dans notre métier quand on est face à une situation difficile, ce qui compte c’est de savoir ce que l’on ne fait pas d’abord. Et un médecin, il ne tue pas ! Ce n’est pas son métier. Il y a des dogmes fondateurs d’une société : l’inceste, l’homicide, le meurtre. On n’a pas supprimé la peine de mort pour la réintroduire par la fenêtre.

(…) On fait tout pour que le malade ne souffre pas. On accompagne le patient comme on peut. Éventuellement, on aide dans des situations extrêmes. On peut le mettre en sédation. On est prêt à l’accompagner plusieurs jours. Alors que lorsqu’on fait un cocktail de potassium vous savez que, dans le quart d’heure, le malade est mort. (…) Oui, il y a des gens qui vous disent « docteur, je veux que cela se termine ». Cela veut dire « occupez-vous de moi, arrêtez de ne voir que les problèmes des chiffres, parlez avec moi ». Alors, la demande d’euthanasie disparaît à 100 %. Les gens en ont marre, mails ils ne veulent pas qu’on les flingue comme on amène un chat chez le vétérinaire. Dans la souffrance, on n’abandonne pas. On accompagne dans le respect de la personne et de son être.

(…) Nous avons-là [à propos de l’affaire de Saint-Astier] des personnes qui ont pu être seules. Qui n’ont pas été entourées. La décision a été prise sans doute sans qu’il y ait vraiment une discussion. Ce que je ressens c’est que cet exercice solitaire de la médecine aboutit à des dérives. Maintenant on ne peut plus travailler seul, on est obligé de travailler en équipe. Ce que je déplore c’est cet exercice solitaire de la médecine. »

Extrait d’une interview du professeur Olivier Jonquet parue dans Montpellierplus le 14 mars 2007

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